Doux de laine

 

Je n‘ai que des mots à lancer dans l’arène

Si menus, si discrets, visibles à peine

Je les couds à la main quand ils se déchirent

En laissant des espaces pour un contrepoint

 

Des mots du dimanche, cousus la semaine

Pour enfiler l’absence, faufiler les « je t’aime »

Je ne peux te les dire, je ne peux t’enlacer

Je n’ai qu’une aiguille pour me mettre à broder.

 

Des mots de velours sur un tissu d’amour

Des mots emmêlés, empesés, caressés

Des mots de silence sur un tissu de danse

Des mots entourés, retournés, envolés.

 

Des mots doux de laine, sur un tissu de peine

Des mots protégés, réchauffés, dorlotés

Des mots que l’on garde sur un tissu d’arbre

Des mots gravés, encavés, écorchés.

 

Des mots si sensibles sur tissu invisible

Des mots chuchotés, délaissés, oubliés

Des mots désirés, sur tissu convoité

Des mots rapprochés, savourés, enivrés

 

Je n’ai que des mots pour effleurer ton dos

Toucher tes lèvres, et sentir ta peau

Je n’ai que des mots à lancer dans l’arène

Si menus, si discrets, estompés d’un « je t’aime »!

 

 

 

Anne Bilodeau

25/09/2001